Géolocalisation: la version sociale de l’implant dans le cerveau ?

Au cours du vingtième siècle, de nombreux auteurs de science-fiction ont dépeint un futur sombre et liberticide. Le petit et grand écran ne furent pas en reste, et nous avons tous lu ou vu des scénarios mettants en scène des hommes traqués, épiés même, dans des sociétés futuristes annihilant le libre-arbritre et légiférant les modes de vie.

La peur la plus couramment exploitée ? La fameuse « puce dans la tête », celle qui piste nos moindres faits et gestes. Science-fiction, avons-nous toujours dit. Jamais personne ne laissera de telles dérives arriver, aucun gouvernement avec de telles ambitions ne sera élu. C’est vrai quoi, nous serions bien les derniers des zombies si en tant qu’individus, nous n’empêchions pas la mise en place de tels systèmes.

Et pourtant.

Ce n’est pas un dictateur zélé, ni une machine folle (vous avez dit Skynet ?) qui tente de contrôler ou annihiler l’humanité. Pas même un gouvernement américain, qui a désormais le champs libre maintenant que Mulder donne le biberon (je m’égare…). Ce sont ces bonnes vieilles entreprises capitalistes, qui ont trouvées, avec le phénomène des réseaux sociaux combiné à la géolocalisation, une nouvelle manière de monétiser leur trafic ( = nous).

Ces deux dernières années ont vu l’explosion et la démocratisation de l’utilisation des réseaux sociaux dans le monde entier. Facebook en tête, Twitter pour les initiés, ces entreprises nous ont « éduquées » à faire tout le contraire de ce que nous faisions à présent: étaler sa vie privée en public. Son nom, sa ville, sa profession… Ce que nous aurions trouvé dangeureux ou tout simplement inutile il y a quelques temps, nous le faisons désormais sans réfléchir. Fini les obscurs pseudonymes, has-been les identités cachées derrière l’avatar de son chat. En 2010, nous n’hésitons pas à rendre public notre patronyme, nos hobbies, notre lieu de vie. L’interactivité et les synergies évoluants, nous nous servons d’une seule identité authentique pour nous identifier sur divers sites, désireux de nous faciliter la vie (et accessoirement, de récupérer des informations impensables il y a quelques mois).

Oui, Facebook a réussi là ou OpenID a échoué, alors même que cet OpenID voulait garantir notre anonymat auprès des tiers. Non, nous préférons tout donner, et avec le sourire en plus ! Et maintenant que le monde est éduqué, poussons le schéma encore plus loin: et si nous demandions à quel endroit les surfeurs se trouvent ? Allez-y, dites à vos amis où vous vous trouvez, vous avez l’habitude de tout dire, après tout. Et accessoirement, dites-nous vers quelle entreprise locale vous aiguiller :)

Foursquare et bien d’autres ont ouvert la brèche: sous couvert d’un service plus que pratique (feedbacks de restos, d’hotels, de soirées…), de nombreuse sociétés ont pariées sur l’avenir, et se sont constituées de belles bases de données d’utilisateurs localisés. Du caviar pour n’importe quel annonceur. La semaine dernière a vu débarquer Facebook Lieux, la géolocalisation made in Facebook (Foursquare doit d’ailleurs se mordre les doigts). C’est un succès: nous mettons tous notre statut à jour avec le lieu où nous nous trouvons. Et toujours avec le sourire.

C’est là tout le paradoxe. Ce que nous avons toujours refuser de croire est arrivé: nous sommes fliqués, nous sommes traqués… Et on aime ça, moi le premier. A défaut d’implant dans le cerveau, nous ne quittons plus nos smartphones, et nous réjouissons de tous les services mobiles qui innondent le marché…

Auteur: Johan Biré

Auto-didacte, curieux et passionné, je prend le gentil visiteur par la main, lui dit où aller, et analyse ses pas. #marketing #analytics #bizdev

2 réflexions au sujet de « Géolocalisation: la version sociale de l’implant dans le cerveau ? »

  1. Ping : Tweets that mention Géolocalisation: la version sociale de l’implant dans le cerveau ? « Donemat ! -- Topsy.com

  2. fdecourt

    Bonjour,

    Je suis tombé sur votre blog pas le plus grand des hasards et sur cet article.

    Le discours type « 1984″ a toujours été mis en avant pour lutter contre les avancées technologiques. Oui, oui, je dis bien lutter contre, même si on travaille dans ce secteur. Ni Facebook, ni Google, ni Twitter ou Foursquare ne fliquent ni ne traquent. Et heureusement que ce n’est pas le cas.

    Ils compilent, communiquent, analysent et pour une et une seule raison, vous proposer de la publicité ciblées.

    Les dangers que l’on peut voir dans les films avec « une puce dans la tête » ne sont pas une avalanche de publicité, mais bien la volonté d’un état ou d’une organisation (en général les méchant) de vous pister. Le vrai danger est là, lorsque des institutions se permettent ce genre de droit.

    Et nous arrivons au vrai problème. La loi LOPPSI et ses mouchards, celle du 10 juillet 91, la demande du FBI d’il y a quelques semaines d’accéder aux comptes Google, Facebook et autre sont de véritables dangers, pas les outils.

    Nous n’y sommes pas encore, mais nous sommes dans la guerre des étoiles. Du côté obscur, les états (principalement), de l’autre côté, des outils comme Google, Facebook, Twitter et autre.

    Regardez le printemps arabe. C’est grâce à cette possibilité d’étaler (stupidement) sa vie sur Internet que des millions de personnes se sont soulevés (que l’on trouve ça bien ou non).

    Regardez en Chine ? Regardez à Cuba ? C’est bien grâce à ces nouveaux outils, que les états ne contrôlent pas (ou pas encore !) que des élans de liberté se créent.

    Ce n’est pas les outils dont il faut se méfier, mais bien de ceux qui veulent les soumettre !

    Cordialement,

Laisser un commentaire